Outre Half-Life, Counter-Strike et, dans une certaine mesure, Left 4 Dead, la licence Portal est en quelque sorte un OVNI dans le palmarès de Valve. Pourtant, c’est probablement parmi celles qui représentent le mieux la « patte » de la société à qui l’on doit également Steam et le Steam Deck : une bande de scientifiques aussi fous que géniaux, qui se rassemblent quand l’inspiration les prend pour faire d’une expérience improbable une véritable révolution dans leur domaine. Le premier épisode était clairement une ébauche en ce sens, qui a ensuite donné en 2011 un Portal 2 magistral à tous les points de vue, qui a définitivement marqué l’histoire du jeu vidéo autant que de nombreux joueurs, dont votre serviteur. 

L’héritage qui envoie des patates dans l’espace de Portal 2

La fin de Portal premier du nom (on spoile un tout petit peu, mais il y a prescription depuis près de 20 ans) n’appelait pas nécessairement à une suite, étant donné que Chell, la jeune femme que l’on incarne, parvenait dans un final explosif à sortir d’Aperture Science, le complexe de test tenu d’une main de fer par la terrifiante mais  aussi étrangement attachante GLaDOS. Grâce à une petite pirouette scénaristique, Valve a tout de même trouvé le moyen de rendre possible un Portal 2, et l’histoire du jeu vidéo l’en remercie grandement. 

Portal 2 Chell GLaDOS
© Valve

Erik Wolpaw, scénariste de la licence, a en effet proposé un twist intéressant pour justifier qu’on retrouve Chell et son fameux Portal Gun, qui n’était rien d’autre à la base que le légendaire Gravity Gun d’Half-Life 2, mais avec la capacité qui l’a rendu tout aussi iconique de créer des portails interconnectés ouvrant la voie à des puzzles géniaux exploitant l’espace et la physique comme rarement un jeu l’avait fait auparavant. On la retrouvait alors dans une étrange chambre, perdue dans le titanesque complexe scientifique où elle est prisonnière. Ce n’est que grâce à l’hilarant Wheatley qu’elle arrive à sortir de ce guêpier, pour partir dans une aventure qui va nous faire découvrir encore plus l’envers du décor de l’insondable Aperture Science. 

Le résultat est, même encore aujourd’hui, une leçon de narration, qui nous a permis de rencontrer d’autres personnages cultes comme justement Wheatley, au début aussi drôle qu’attachant, avant de finalement devenir l’insupportable antagoniste qu’on connaît. À l’inverse, notre némésis du premier jeu, GLaDOS, a droit à un arc des plus surprenants, alors qu’elle devient finalement malgré elle notre meilleure alliée… dans le corps d’une patate. De même, bien que via des messages préenregistrés (un ressort narratif qui a d’ailleurs grandement inspiré d’autres grands jeux qui l’ont succédé comme par exemple Control de Remedy), pour le génial Cave Johnson, patron d’Aperture Science, ainsi qu’une certaine Caroline au sort bien tragique... 

À tous les niveaux, Portal 2 a été pour ses développeurs l’occasion de se permettre toutes les folies, tant du point de vue de la mise en scène que de l’histoire, du lore autour d’Aperture Science, des personnages, et surtout des puzzles. Le premier jeu était relativement monodirectionnel, impliquant surtout des variantes de la mécanique des double portails dans des chambres de test de plus en plus mal au point dans un complexe totalement délabré. Son petit frère a pris ce concept sur le papier certes simple, mais incroyablement révolutionnaire d’un point de vue game design et l’a poussé vers de nouveaux sommets encore, capable de constamment se renouveler pour rendre la progression toujours aussi passionnante.

On peut par exemple citer la mécanique d’utiliser des peintures compatibles avec le Portal Gun pour créer des niveaux d’une ingéniosité folle. Grâce à ce cocktail superbement rythmé d’histoire captivante à suivre avec des personnages colorés et des phases de gameplay qui mettent délicieusement à profit notre matière grise, le titre, qui fête aujourd’hui ses 15 ans, n’a clairement pas démérité son statut de jeu culte, voire même générationnel. 

Portal 2 Gameplay
© Valve

Même après tout ce temps, Portal 2 occupe en effet toujours une place toute particulière dans le cœur de nombreux joueurs et trône encore parmi les jeux les plus acclamés de tous les temps par la critique et le public, dans un panthéon occupé notamment par un certain Half-Life 2 et des noms immensément prestigieux comme GTA, Mario, Metal Gear Solid, Zelda, et tant d’autres exemples similaires. Ce tel succès, il le doit peut-être aussi à l’ajout d’un mode Coop magistralement ficelé, aux commandes d’Atlas et P-Body, permettant à deux amis de se triturer ensemble les méninges avec des puzzles toujours aussi ingénieux et marqués par l’humour aussi absurde que caustique propre à la licence et Aperture Science. 

En mettant bout à bout tout ce qui compose ce jeu mythique, Valve aura ainsi donné vie à une nouvelle expérience brillamment couronnée de succès, dont l’influence se ressent encore aujourd’hui. D’autres grands jeux lui ont fait d’habiles clins d’œil, comme Cyberpunk 2077, voire s’en sont inspirés pour leur propre histoire ou gameplay, à l’image de The Stanley Parable ou bien The Talos Principle. Plus récemment, le Steam Next Fest 2026 a accueilli un jeu que beaucoup ont qualifié de « Portal 2 à la française »,. Un sobriquet que le studio Distant Shore n’a définitivement pas usurpé avec « Bretagne », qui dispose d’une démo qu’on vous recommande plus que chaudement !

Un jeu qui m’a personnellement ouvert bien des portails dans mon parcours vidéoludique

Comme beaucoup de joueurs de ma génération, j’ai connu Valve principalement grâce à Steam et Half-Life 2. Mais la patte de cette représentation dans la vraie vie de Black Mesa et Aperture Science a toujours laissé une importante marque dans mon appréciation du jeu vidéo. Dès que le studio sortait quelque chose de nouveau, je me devais de l’essayer, car je savais que ça avait le potentiel d’être génial. J’avais déjà joué à Portal premier du nom à sa sortie, fan de Valve oblige, mais n’étais alors pas très friand de puzzle games. J’ai toutefois reconnu le génie fou derrière cette sorte de « spin-off » improbable à base de portails et de tests insensés du légendaire second épisode des aventures de Gordon Freeman. 

Le jeu m’avait tout de même suffisamment marqué pour que je surveille de près Portal 2, et quelle ne fut pas ma surprise de prendre sur ce deuxième épisode une énorme claque. Déjà visuellement, le titre était impressionnant pour l’époque, grâce à un moteur Source au sommet de son art. Ensuite, la mise en scène et l’histoire m’ont totalement emporté, notamment grâce au robot Wheatley en guise de compagnon, qui figure encore parmi mes personnages secondaires préférés dans un jeu. Cette suite a vraiment réussi à me happer grâce à ce gros effort narratif qui manquait au premier épisode. De même, le gameplay, largement étoffé par rapport à son aîné, et les habiles touches d’humour absurde qu’on connaît bien de la licence, ont grandement contribué à me faire tomber amoureux du jeu, comme on s’attache malgré nous du célèbre Compagnon Cube marqué d’un gros cœur rose. 

Portal 2 Cube Coeur
© Valve

Quelque part, c’est grâce au génie de Portal 2 que j’ai davantage pris goût aux puzzle games, même si aucun n’a pour moi réussi à l’égaler. J’ai même réussi à motiver un ami à l’époque pour faire le mode Coop, où j’ai dû toutefois réfléchir pour deux, mon camarade n’étant pas très à l’aise avec ce style de jeu. Ce qui a auguré des sessions certes hilarantes, mais aussi quelques nœuds au cerveau de mon côté. Valve a réussi à m’impressionner et à me faire voir un genre auquel j’étais plutôt réfractaire sous un autre jour.

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© Valve

Et il réussira à nouveau ce tour de force en 2017 en me faisant tomber follement amoureux de la VR avec un seul jeu, qui à mes yeux reste le chef d’œuvre absolu et incontesté dans son domaine : Half-Life Alyx. Mais c’est là peut-être le sujet d’un autre papier, quand il fêtera ses 10 ans l’année prochaine. C’est donc avec une émotion certaine, et un gâteau qui existe totalement, que je souhaite chaleureusement un très joyeux anniversaire à Portal 2, un énième chef d’œuvre de Valve, certes un peu plus niche que les autres, mais qui figure clairement parmi les expériences les plus uniques de ma vie de joueur.

Sauf un miracle, il faut chérir précieusement les souvenirs que les fans ont de ce titre, compte tenu de la maladie chronique de la société de Gabe Newell l’empêchant de compter jusqu’à trois… à moins qu’elle n’arrive à lever cette malédiction historique avec un Half-Life 3 dont on entend tant parler depuis… 20 ans ? L’espoir fait vivre, et pourquoi pas nous aurons finalement un jour droit à un Portal 3 qui va marquer une nouvelle génération de joueurs comme elle l’a fait pour la mienne. Seule GLaDOS le sait alors qu’elle poursuit ses tests chez Aperture Science. 

Portal Cake
© Valve